lundi 19 octobre 2009

"La banquise aura totalement fondu en été dans 20 ou 30 ans"

Londres (AFP) - 09:38 - La calotte polaire arctique disparaitra completement en ete "dans 20 a 30 ans", mais d'ici a peine une dizaine d'annees l'Arctique sera considere comme une voie maritime sure, ont conclu mercredi des scientifiques a la suite d'une mission de l'explorateur Pen Hadow.
"La banquise aura completement disparu en ete dans 20 a 30 ans mais aura fortement diminue dans bien moins longtemps. Dans une dizaine d'annees, l'ocean arctique sera considere comme une mer ouverte" a la navigation pendant la saison estivale, a declare Peter Wadhams, professeur a l'universite anglaise de Cambridge.
Lors d'une conference de presse a Londres, il a presente les conclusions des analyses effectuees a partir des milliers de donnees recoltees pendant une mission de 73 jours au printemps dernier dirigee par l'explorateur britannique Pen Hadow.
L'objectif etait de mesurer en hiver, sur le terrain, l'epaisseur de la banquise pour affiner les previsions sur la fonte de la calotte arctique.
Sur les quelque 450 km parcourus par l'equipe, l'epaisseur moyenne de glace relevee etait de 1,8 metre et, sur les cretes formees par la pression, elle etait de 4,8 metres.
"Une epaisseur de 1,8 m est caracteristique d'une glace formee dans l'annee, qui est plus vulnerable pendant l'ete. Et la glace accumulee sur plusieurs annees se retracte de maniere acceleree", a poursuivi M. Wadhams. "C'est un exemple concret du rechauffement climatique en action", a-t-il ajoute.
Pour le docteur Martin Sommerkorn du Fonds mondial pour la nature (WWF), partenaire de l'expedition, "l'etude dresse un tableau tres sombre concernant la fonte de la banquise" qui est "plus rapide que ce que nous pensions", precisant que cette disparition aurait "un impact au-dela de l'Arctique".
Outre la disparition de la faune, cette fonte entraine une augmentation du niveau des oceans, des modifications atmospheriques et des courants maritimes mais aussi la liberation de volumes tres importants de gaz a effet de serre, consideres comme responsables du rechauffement climatique, a-t-il explique.
Selon lui, le permafrost arctique (terres gelees en permanence) renferme deux fois plus de CO2 que l'atmosphere et les fonds marins geles de l'Arctique en renferment plus que les reserves cumulees de charbon, petrole et gaz de la planete.

vendredi 9 octobre 2009

La Nasa lance une campagne d'observation aerienne des glaces antarctiques (et Arctique)

AFP, 08/10/09

Washington (AFP) - 19:37 - La Nasa va entamer le 15 octobre une serie de vols pour effectuer des observations scientifiques aeriennes de l'Antarctique afin d'etudier les changements des glaciers et de la banquise sous l'effet du rechauffement climatique, a annonce jeudi l'agence spatiale americaine.
Ces vols font partie de l'+Operation pont de glace+ (+Operation Ice Bridge+ en anglais, ndlr), une campagne de six ans destinee a realiser le plus grand releve aerien des glaces polaires de la planete.
L'equipe de chercheurs travaille a bord d'un DC-8, un avion de ligne transforme en laboratoire volant bourre d'instruments tels que des lasers de cartographie et d'un radar capable de penetrer les epaisseurs de glace.
Les donnees collectees aideront les scientifiques a mieux predire comment les changements en cours dans l'enorme masse de glace de l'Antarctique vont contribuer a la montee du niveau des oceans dans le monde.
"Un changement notable se produit sur la Terre, reellement l'un des plus grands changements dans l'environnement terrestre depuis la fin de la periode glaciaire", observe Tom Wagner, responsable du programme de la cryosphere (parties de la Terre ou l'eau est a l'etat solide) au siege de la Nasa a Washington.
"Ceci n'est pas une chose facile a observer mais c'est necessaire pour anticiper ce qui pourrait se produire dans le futur et les etudes conduites dans le cadre de l'Operation pont de glace sont a cet egard essentielles", ajoute-t-il.
Les donnees recueillies permettront de combler partiellement le manque de donnees qui resultera de la fin proche des operations du satellite de la Nasa ICESat (Ice, Cloud and Land Elevation Satellite), en orbite depuis 2003, alors que le lancement de son successeur, ICESat-II, n'est pas prevu avant 2014.
Puisque les observations aeriennes ne permettent pas la couverture etendue a l'echelle du continent fournie par un satellite, la Nasa a selectionne des cibles specifiques les plus sujettes a des changement pour ces missions.
Les mesures de la superficie et de la densite de la banquise seront effectuees dans la mer d'Amundsen ou des indicateurs sur place laissent penser que son epaisseur diminue.
Pour etudier l'evolution des glaciers et des blocs de glace flottants, le DC-8 de la Nasa ira survoler la Peninsule antarctique et l'ouest de l'Antarctique dont le glacier de Pine Island, une zone dont les scientifiques pensent qu'elle pourrait subir des changements rapides sous l'effet du rechauffement climatique.
Les vols au-dessus de l'Antarctique suivront une premiere campagne d'observation aerienne plus tot cette annee au-dessus du Groenland et de l'ocean Arctique.
L'Operation Pont de Glace prevoit des missions d'etudes au-dessus des regions cles des deux poles une fois par an.
La mission, a laquelle participe une equipe de pres de 50 scientifiques et personnels de soutien, prevoit 17 vols a partir de Punta Arenas au Chili.
La prochaine campagne aerienne d'etude de l'Arctique reprendra au printemps 2010.

jeudi 24 septembre 2009

Arctique : Ban Ki-moon tire la sonnette d'alarme

"L'Arctique se réchauffe plus vite que le reste de la Terre. Il pourrait ne plus y avoir de glaces d'ici à 2030" : c'est le cri d'alarme de Ban Ki-moon, de retour d'une mission au Pôle nord, lancé à Genève devant la 3eme conférence mondiale pour le Climat.
Le Secrétaire Général de l'ONU était à l'origine de la convocation du Sommet de New York pour préparer la Conférence de Copenhague de décembre.

A la vue des résultats en demie-teinte, voire dérisoire, pas certain que ce cri d'alarme ait été entendu, ni même perçu.... Pourtant, son message s'achève ainsi : "la planète ne peut se permetter un échec (à Copenhague, Ndlr)"...

mercredi 12 août 2009

Arctique : un pôle très convoité (Patrice Hernu, Bleu Ecologie)

Le troisième colloque "Défense et Environnement" se proposait de dresser le bilan et les perspectives de la place du droit à l'environnement dans la réflexion stratégique européenne de défense. Ce fut également l'occasion de dresser l'état de la situation de l'océan arctique avec les collaborateurs de Michel Rocard, ambassadeur de France chargé des négociations internationales relatives aux pôles Arctique et Antarctique.

"L'Arctique, c'est 6.000 ans de tranquillité, de regard distant, poétique. Et, depuis trois ans, un basculement absolument total", avait expliqué Michel Rocard lors de sa nomination. "Devant la soif de nouvelles ressources de pétrole, ni les Américains ni les Russes n'accepteront qu'on interdise (leur exploitation). Il revient donc à la communauté internationale d'exiger des conditions techniques de respect de l'environnement infiniment supérieures à ce qu'on a pu faire ailleurs", avait-il estimé.

Divers enjeux interpellent l'environnement et les enjeux de sécurité.

La banquise font plus vite que le GIEC ne l'avait prévu. Dans les hypothèses les plus pessimistes, elle pourrait avoir disparu dès 2020. Diverses espèces sont menacées : l'ours polaire, le phoque... La fonte du permafrost (pergélisol) remet en cause les techniques de fixation des habitats humains, des oléoducs et des gazoducs. Au delà des écosystèmes locaux, c'est le rôle du pôle dans la genèse du climat qui peut devenir problématique : le pôle est considéré comme le moteur du "tapis roulant" du climat par la ciculation thermohaline (l'antarctique constitue l'autre moteur dont le rôle avait été jusqu'alors négligé voire ignoré par le GIEC et de nombreux spécialistes). La fonte des glaciers, en adoucissant l'eau sursalinisée qui remonte par le golf-stream, peut perturber la plongée des eaux vers les profondeurs et, de ce fait, ne plus "tirer" le gulf stream comme actuellement. La disparition du climat tempéré européen constituerait un risque considérable pour son agriculture.
Le développement des routes maritimes dans la proximité du pôle ferait de celui-ci une zone potentiel de tensions si les règles n'étaient pas clairement fixées. Cela modifierait également la géopolitique des zones actuelles de transit, notamment celle de l'énergie fossile. Selon la route empruntée (route russe, route américaine, route directe à plus long terme), les économies seraient de 40 à 50% par rapport au trajet empruntant le canal de Suez sans compter l'absence d'écluses, la diminution des droits et, éventuellement, le recul de la piraterie ! Le développement du trafic est pour l'heure seulement embryonnaire du coté russe. Mais, avec la disparition des glaces, il n'est pas impossible de voir se former à terme des autoroutes des mers avec des navires géants d'un nouveau type pour transporter les hydrocarbures.
Le partage des nouvelles ressources arctiques peut déboucher sur de nouvelles tensions. L'enjeu est pour l'instant mal calibré : il représenterait entre 6% et un quart des ressources non découvertes dans le monde. Tout dépend également des zones. Beaucoup des ressources en gaz sont a priori en zone russe. Mais il faut également considérer les ressources minérales (diamant, uranium, cuivre, nickel...) et les ressources halieutiques. L'arctique représente la zone de pêche la plus riche en cabillauds dont 90% proviennent de la mer de Baren. Les changements climatiques peuvent contribuer à compliquer encore plus la situation en modifiant l'équation et la répartition des ressources.
L'arctique est enfin l'océan le plus nucléarisé du monde. Pour une raison simple : du pôle, on peut "arroser" toutes les grandes puissances du monde.
Les russes ont déployé les plus grands moyens. L'Europe, les USA et le Canada doivent donc rattraper leur retard s'ils ne veulent pas abdiquer dans cette guerre stratégique de position.

Laurent Mayet, président du cercle polaire et conseiller auprès de Michel Rocard dans son rôle d'ambassadeur, rappelait lors de cette conférence que les russes avaient symboliquement planté leur drapeau à 4000 mètres de fond à la hauteur du pôle géographique. Cette prouesse venait rappeler que les Russes demandent une extension de leur plateau continental. De ce fait, l'arctique ne constitue pas seulement une "sentinelle du réchauffement climatique", il est un terrain d'exercice des modes possibles d'une nouvelle gouvernance internationale.

L'Europe, et particulièrement la France, n'est pas riveraine de cet océan dont, stratégiquement, écologiquement, économiquement, nous ne pouvons pas nous désintéresser. Mettons à part le cas de l'Islande qui, précisément, rechercherait une autonomie plus complète. Or, tous ces enjeux dépassent largement le cercle des Etats concernés.

Ces derniers veulent au contraire définir leur droit souverain dans la zone. Ils ont commencé par la convention de Montego Bay. Ce cadre ne règle pas le sort de la zone internationale de l'arctique (une zone centrale et une seconde petite zone), patrimoine mondial de l'humanité. Faut-il limiter la gouvernance internationale à cette zone comme le souhaiteraient certains experts américains et anglais contre l'avis du Canada (cf. l'article référencé ci-après) ? Faut-il ajouter un nouveau traité international comme l'avait proposé Michel Rocard ?

Une certitude : le débat sur l'océan arctique n'est pas appelé à se perdre dans les glaces. Il constitue un des éléments stratégiques des équilibres environnementaux et militaires de demain.

Patrice HERNU
3 juillet 2009
A partir d'un des sujets abordés à la conférence "Défense et Environnement" du 2 juillet 2009. La vidéo des intervenants esr en lien ci-dessous.

Note : Le continent Antarctique fait l'objet d'un traité de 1959 : aucune activité n'y est autorisée. Le continent est géré par 48 Etats. La zone est complètement démilitarisée.

vendredi 13 mars 2009

Michel Rocard, ambassadeur de France chargé des négociations internationales relatives aux 2 pôles !

L'ex Premier Ministre Michel Rocard est pressenti pour devenir ambassadeur de France chargé des négociations internationales relatives aux Pôles Arctique et Antarctique.
En effet, Michel Rocard, 78 ans, est un spécialiste de la protection de l'Arctique, où il s'est rendu en février.
Il plaide depuis plusieurs mois pour l'ouverture d'une négociation internationale à ce sujet (AFP).

Avec un tel homme, on a de vraies chances de résultat !

Un év^que Norvégien lance un appel pour un moratoire sur la recherche pétrolifère !

L'eveque qui dit non au petrole, Le Point n°1903, 05/03/09
Article de Olivier Truc

Oslo. En Norvege, le culte de l'or noir a ses limites, meme s'il contribue a la richesse du pays. Un eveque lutherien lance un appel public pour reclamer un moratoire de cinq ans sur la recherche de nouveaux gisements de gaz et de petrole-que l'industrie et une bonne partie de la classe politique du pays appellent de leurs voeux. « Nous avons besoin d'une pause pour reflechir », preche l'eveque, qui espere un sursaut moral.

lundi 24 novembre 2008

Vers un Groenland autonome et avide de pétrole ?

Article du Monde.fr publié ce jour :

NUUK (GROENLAND) ENVOYÉ SPÉCIAL

Le Groenland est-il sur le point de devenir une puissance pétrolière ? Ce n'est pas vraiment l'image qui vient à l'esprit lorsque l'on pense à la plus grande île du monde, un territoire autonome rattaché au Danemark qui compte à peine 55 000 âmes et qui est couvert, à 85 %, d'une calotte glaciaire dont l'épaisseur atteint jusqu'à plus de 3 000 mètres.

Mardi 25 novembre, les Groenlandais doivent se prononcer, par référendum, sur un projet d'autonomie renforcée. Si le oui l'emporte, ce qui semble le plus probable, le gouvernement autonome pourra récupérer, au rythme qu'il décidera, 32 domaines de compétences aujourd'hui détenus par le Danemark.

Or, "le plus important est sans le moindre doute le droit aux ressources, lance Juliane Henningsen, jeune députée - deux Groenlandais siègent au Parlement danois. Les ressources appartiendront au peuple groenlandais et c'est nous qui décideront comment et à qui attribuer les licences." Le traité négocié avec le Danemark et signé au printemps prévoit aussi que le Groenland pourra, de son propre chef, engager le processus d'accession à l'indépendance.

Et il ne fait guère de doute que, pour y parvenir, il faut en avoir les moyens. Pour beaucoup, le pétrole permettrait de réaliser ce rêve, alors que la subvention annuelle de 3,2 milliards de couronnes (430 millions d'euros) versée par le Danemark équivaut à 60 % du produit intérieur brut (PIB) groenlandais et que 90 % des exportations proviennent des produits de la pêche.

Aucun gisement n'a encore été trouvé. Après cinq puits exploratoires décevants dans les annés 1970, l'intérêt a rebondi depuis le début des années 1990 : Exxonmobil, Husky, Cairn Energy, Chevron, ainsi que la compagnie locale Nunaoil ou la danoise Dong Energy sont présentes au gré des licences délivrées par les autorités.

"Il y a un très gros potentiel dans les eaux groenlandaises, il n'y a aucun doute, affirme Jan Terje Edvardsen, vice-président de Dong Energy. Il y a des difficultés spécifiques liées à la glace. Nous sommes en train d'évaluer la baie de Baffin (nord-ouest du Groenland), qui sera bientôt ouverte, mais notre priorité va à la licence que nous avons obtenue sur la côte ouest."

À l'image de nombreuses compagnies internationales, Dong Energy a en tête les données américaines. Huit ans après ses premières estimations, l'Institut géologique américain (USGS) a évalué, en juillet, que la zone arctique renfermerait des réserves inexplorées de 90 milliards de barils de pétrole, mais aussi de gaz naturel et de gaz naturel liquéfié, soit 22 % des réserves non prouvées d'hydrocarbures dans le monde.

"Entre industrie pétrolière et impact sur le changement climatique, il nous faudra prendre de lourdes décisions le moment venu, admet Mme Henningsen. Mais n'importe qui exploiterait ses ressources pétrolières en attendant de trouver d'autres sources." (en voilà un bel exemple d'une civilisation décadente, non ? NDLR)


Outre le pétrole, le Groenland regorge de minéraux. Plusieurs projets ont été gelés, crise financière oblige, mais de nombreuses compagnies, notamment canadiennes, australiennes et britanniques, sont sur les rangs. Selon certains, l'ouverture de mines rapporterait peut-être moins au pays mais permettrait un enrichissement moins brutal pour la fragile société groenlandaise.

Les questions du mode de rétribution et de partage entre les sociétés et le gouvernement local sont loin d'être tranchées. Elle est ainsi au coeur des discussions qui se sont engagées à propos d'un projet monumental - une usine d'aluminium que la compagnie américaine Alcoa veut édifier sur la côte ouest. Il faudra trouver 5 000 ouvriers dans la phase de construction, un défi impressionnant pour ce pays confronté à des problèmes sociaux et à un déficit de personnel qualifié.

Olivier Truc