lundi 24 novembre 2008

Vers un Groenland autonome et avide de pétrole ?

Article du Monde.fr publié ce jour :

NUUK (GROENLAND) ENVOYÉ SPÉCIAL

Le Groenland est-il sur le point de devenir une puissance pétrolière ? Ce n'est pas vraiment l'image qui vient à l'esprit lorsque l'on pense à la plus grande île du monde, un territoire autonome rattaché au Danemark qui compte à peine 55 000 âmes et qui est couvert, à 85 %, d'une calotte glaciaire dont l'épaisseur atteint jusqu'à plus de 3 000 mètres.

Mardi 25 novembre, les Groenlandais doivent se prononcer, par référendum, sur un projet d'autonomie renforcée. Si le oui l'emporte, ce qui semble le plus probable, le gouvernement autonome pourra récupérer, au rythme qu'il décidera, 32 domaines de compétences aujourd'hui détenus par le Danemark.

Or, "le plus important est sans le moindre doute le droit aux ressources, lance Juliane Henningsen, jeune députée - deux Groenlandais siègent au Parlement danois. Les ressources appartiendront au peuple groenlandais et c'est nous qui décideront comment et à qui attribuer les licences." Le traité négocié avec le Danemark et signé au printemps prévoit aussi que le Groenland pourra, de son propre chef, engager le processus d'accession à l'indépendance.

Et il ne fait guère de doute que, pour y parvenir, il faut en avoir les moyens. Pour beaucoup, le pétrole permettrait de réaliser ce rêve, alors que la subvention annuelle de 3,2 milliards de couronnes (430 millions d'euros) versée par le Danemark équivaut à 60 % du produit intérieur brut (PIB) groenlandais et que 90 % des exportations proviennent des produits de la pêche.

Aucun gisement n'a encore été trouvé. Après cinq puits exploratoires décevants dans les annés 1970, l'intérêt a rebondi depuis le début des années 1990 : Exxonmobil, Husky, Cairn Energy, Chevron, ainsi que la compagnie locale Nunaoil ou la danoise Dong Energy sont présentes au gré des licences délivrées par les autorités.

"Il y a un très gros potentiel dans les eaux groenlandaises, il n'y a aucun doute, affirme Jan Terje Edvardsen, vice-président de Dong Energy. Il y a des difficultés spécifiques liées à la glace. Nous sommes en train d'évaluer la baie de Baffin (nord-ouest du Groenland), qui sera bientôt ouverte, mais notre priorité va à la licence que nous avons obtenue sur la côte ouest."

À l'image de nombreuses compagnies internationales, Dong Energy a en tête les données américaines. Huit ans après ses premières estimations, l'Institut géologique américain (USGS) a évalué, en juillet, que la zone arctique renfermerait des réserves inexplorées de 90 milliards de barils de pétrole, mais aussi de gaz naturel et de gaz naturel liquéfié, soit 22 % des réserves non prouvées d'hydrocarbures dans le monde.

"Entre industrie pétrolière et impact sur le changement climatique, il nous faudra prendre de lourdes décisions le moment venu, admet Mme Henningsen. Mais n'importe qui exploiterait ses ressources pétrolières en attendant de trouver d'autres sources." (en voilà un bel exemple d'une civilisation décadente, non ? NDLR)


Outre le pétrole, le Groenland regorge de minéraux. Plusieurs projets ont été gelés, crise financière oblige, mais de nombreuses compagnies, notamment canadiennes, australiennes et britanniques, sont sur les rangs. Selon certains, l'ouverture de mines rapporterait peut-être moins au pays mais permettrait un enrichissement moins brutal pour la fragile société groenlandaise.

Les questions du mode de rétribution et de partage entre les sociétés et le gouvernement local sont loin d'être tranchées. Elle est ainsi au coeur des discussions qui se sont engagées à propos d'un projet monumental - une usine d'aluminium que la compagnie américaine Alcoa veut édifier sur la côte ouest. Il faudra trouver 5 000 ouvriers dans la phase de construction, un défi impressionnant pour ce pays confronté à des problèmes sociaux et à un déficit de personnel qualifié.

Olivier Truc

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